L’Enfance Profanée : Entre Souvenirs Déformés et Cauchemars Réels
- kevin habouzit
- 16 mars 2025
- 3 min de lecture

L’Enfance Profanée : Entre Souvenirs Déformés et Cauchemars Réels
L’enfance est un mensonge. Un mythe doré construit par les adultes pour masquer ce qu’elle est réellement : un territoire vulnérable, une chair malléable prête à être marquée, brisée, refaçonnée. On nous raconte que c’est l’âge de l’innocence, de la découverte, de la lumière. Mais moi, je ne vois que l’ombre qui la ronge. L’enfance est une chambre dont les murs se resserrent. Une cage douce, où chaque sourire cache une morsure.
Dans mon travail, je ne représente pas l’enfant tel qu’il est, mais tel qu’il devient lorsque l’illusion s’effondre. Ce moment où l’on comprend que le monde n’est pas sûr, que le regard bienveillant peut être un piège, que les jeux peuvent tourner au rituel.
1. L’Enfance Comme Terrain de Déformation
L’enfance n’est jamais intacte. Elle est rongée par des mains invisibles, sculptée par des forces qui lui échappent. Certains restent indemnes. D’autres, non. Ceux-là grandissent avec des ombres sous la peau, des échos dans la tête. Ils sourient comme tout le monde, mais leurs souvenirs suintent une lumière sale.
Dans mes œuvres, je matérialise cette fracture. Les enfants que je dessine ont des visages trop lisses, trop figés. Ils ne sont plus là. Ou peut-être ne l’ont-ils jamais été. Ils sont des poupées dans un décor qui les absorbe, des silhouettes perdues dans un monde trop vaste, trop oppressant.
Les murs qui les entourent sont pleins d’yeux. Des témoins silencieux. Des cicatrices ouvertes sur le passé. Car l’enfance est toujours observée, évaluée, scrutée. Il n’y a pas d’échappatoire, pas de solitude pure. On grandit sous des regards qu’on ne comprend pas toujours, qu’on ne veut pas comprendre.
2. Jeux d’Enfant, Jeux de Mort
Un enfant qui joue est un enfant en transe. Il est absorbé, ailleurs, enfermé dans son propre monde. Mais quand le jeu tourne mal, quand il bascule dans quelque chose de plus sombre, il ne le voit pas immédiatement. Il continue. Parce qu’on lui a appris à jouer, pas à s’arrêter.
Les films et les livres d’horreur l’ont bien compris. Un enfant qui murmure une comptine dans l’obscurité devient une menace. Un groupe d’enfants qui tourne en cercle n’est plus une farandole, mais un rituel. Ce qui est familier devient autre chose. Quelque chose d’incompréhensible. De dangereux.
Dans mes images, j’aime capturer ce moment où l’innocence s’évapore. Une main trop crispée sur un jouet. Une posture trop rigide. Une assemblée silencieuse d’enfants, assis dans l’ombre, attendant quelque chose que nous ne voyons pas.
Parce que les enfants savent. Ils sentent l’invisible, ils le touchent du bout des doigts avant que la rationalité ne vienne refermer leur monde. Certains passent à autre chose. D’autres restent coincés. Ceux-là continuent de jouer, longtemps après que le jeu ait pris fin.
3. Ce Qui Reste Après
Grandir, c’est comprendre. Mais comprendre quoi, exactement ? Que le monde est plus froid qu’on ne l’avait imaginé ? Que les monstres ne sont pas sous le lit, mais dans le regard des autres ?
J’ai toujours été fasciné par la façon dont l’enfance laisse des traces. Pas celles que l’on encadre, pas celles que l’on raconte avec nostalgie. Celles qui brûlent sous la peau. Ces instants qu’on ne comprend qu’avec le recul, ces gestes, ces silences, ces ombres furtives dans les souvenirs.
C’est cela que je veux montrer dans mes œuvres. Pas l’horreur évidente, mais celle qui se cache dans les interstices. Celle qui ronge sans bruit. Celle qui fait que, parfois, en pleine nuit, on rouvre les yeux en se demandant si quelque chose ne nous observe pas encore.
Parce qu’au fond, on ne quitte jamais vraiment l’enfance. On la porte comme un fantôme sur l’épaule.



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